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M. Vucher-Bondet, vous êtes à la tête de L4M, entreprise que vous avez créée à Lille en 2004.
Pouvez-vous nous expliquer en quelques mots la spécificité de votre projet?
L'activité principale de L4M, c'est l4m.fr, qui est un site internet dédié au recrutement et à la formation dans le Nord-Pas-de-Calais. Et puis, avec le temps et les opportunités, est venue une autre activité: l'organisation de salons dédiés au recrutement et à la formation. Aujourd'hui le site, mis en ligne en septembre 2004, concentre environ 70% de notre activité. l4m.fr représente, en terme d'audience, 180 000 visiteurs uniques par mois, 60 000 inscrits, un peu plus de 500 entreprises clientes et 150 écoles et centres de formation partenaires. Nous avons également 3 salons installés sur la région.
Comment est structurée votre société?
L4M est une SARL comptant 5 employés, et dirigée par six associés, dont moi qui en suis le gérant. Nous sommes actuellement deux associés à être actifs à temps plein dans la société, le webmaster et moi-même. Deux autres travaillent à temps partiel, le graphiste et un rédacteur. L'intérêt était réellement de rassembler des compétences complémentaires qui nous permettent d'avoir une vision globale de notre projet. Lorsque j'ai décidé de mettre en œuvre mon idée de création d'entreprise, je suis allé voir l'un de mes anciens maître de stage pour lui proposer de s'associer avec moi pour superviser toute la partie commerciale, pour laquelle je n'avais alors aucune compétence particulière. Puis j'ai rencontré les autres associés par relations interposées.
Comment vous est venue l'idée de créer une entreprise de ce type?
Sortant des études, on a constaté, au cours de conversations entre amis, qu'il manquait réellement une structure de ce type dans la région, qui pourrait accompagner les jeunes lors de leur entrée sur le marché de l'emploi. Étant moi-même oisif à ce moment là, j'ai pris le temps de réfléchir à cette idée et à la manière de la concrétiser, et en particulier aux personnes dont je devais m'entourer pour bénéficier des compétences nécessaires pour mener à bien ce projet.
Comment s'est déroulée la mise en œuvre de votre projet?
Cela nous a pris quasiment un an et demi. On a commencé par faire faire une étude de marché par une société spécialisée, auprès des candidats et des recruteurs. Ensuite, on s'est fait accompagner par différents organismes d'aide à la création d'entreprise, grâce auxquels on a réussi à obtenir tous les financements qu'on pouvait avoir à l'époque. Ils nous ont principalement aidés pour la création des statuts de la société et la recherche de financements. C'est un processus qui prend un certain temps, d'autant plus qu'on a revu plusieurs fois le projet, puisqu'à l'origine on n'avait pas du tout en tête de créer un site internet, mais un magazine. Et on s'est finalement rendus compte qu'on n'avait pas vraiment les compétences nécessaires pour cela, qu'on n'avait pas le réseau adapté, et qu'il était probable que l'on fonctionne à perte pendant au moins un an, ce qu'on ne pouvait pas se permettre. Donc finalement on s'est dit que l'on allait se concentrer sur le web pour un premier temps. Et l'une des choses dont je suis le plus content aujourd'hui, c'est d'avoir réussi à fédérer des gens autour du projet, ce qui n'était pas forcément évident, puisque j'étais assez jeune, j'avais peu de compétences et d'expérience. Pourtant ces personnes y ont crû, et ont accepté de travailler pendant un an et demi sans être payées pour que le projet se concrétise.
Dans quelles circonstances avez-vous pris la décision de mettre en œuvre votre projet?
J'avais, à l'époque, une petite année d'expérience professionnelle: j'ai un bac+4 en communication, et j'envisageais à l'époque de travailler à la promotion de musiciens. Mais la musique est un secteur très fermé et après quelques mois d'expérience j'ai décidé de me réorienter. C'est à ce moment là qu'a démarré le projet L4M. Je pense que comme beaucoup de gens je m'étais déjà dit, un jour, j'aimerais monter ma boite, mais c'était pas du tout un objectif prédéfini, je n'avais aucune idée ne serait-ce que quelques mois auparavant que je ferais ça.
Et concernant l'aspect financier?
Au départ l'investissement nécessaire nous paraissait énorme. Au total on a démarré avec environ 55 000 euros, dont 21 000 euros d'apport des associés. Pour le reste on a eu un emprunt bancaire, un P.C.E., on a eu un prêt d'honneur, et puis des aides comme le Défi Jeunes, des aides du C.L.A.P., etc...
Quels étaient selon vous, au démarrage, vos atouts permettant d'assurer la réussite de votre projet?
Avec le recul je pense que mon principal atout a été de ne pas trop me poser de questions et d'aller de l'avant sans peut-être réellement mesurer les risques et ce dans quoi je m'engageais. Même si on avait fait une étude de marché, on avait quand même largement sous-estimé un certain nombre de difficultés que l'on allait rencontrer, et heureusement, parce que peut-être que sinon on ne l'aurait pas fait. Ce qui compte aussi avant tout c'est l'envie, le fait de ne pas compter ses heures, avoir une certaine rigueur dans son travail, s'imposer des règles, surtout quand comme aux débuts on n'a pas de local et que l'on travaille chez soi. Même au-delà de la phase de création, je pense que la motivation compense largement un manque de compétence.
Quelles difficultés avez-vous rencontrées depuis la création de L4M?
Nous avons été confrontés à de nombreux obstacles, mais les principales difficultés que j'ai rencontrées étaient d'ordre comptable et budgétaire. Sur ce point il a fallu bien s'entourer.
Et puis on a aussi eu beaucoup de mal à trouver une banque qui accepte de financer le projet. On a tout de même eu 7 ou 8 refus avant de trouver une banque, essentiellement dûs à notre âge, à l'explosion de la bulle internet, et également au fait que cet emprunt n'avait pas pour but de s'installer (locaux, matériel, etc.) mais de financer de la communication. Il a donc fallu que l'on se fasse accompagner par un organisme, Initiative Clé, qui a eu un rôle plus qu'influant dans la création: c'est eux qui nous ont mis en contact avec le banquier qui allait avoir une affinité avec le projet. Et puis au cours de la première année, on s'est aussi heurtés à nos lacunes en terme de business. C'est-à-dire qu'on n'était vraiment pas de bons commerciaux, et on a mis du temps à s'en rendre compte et à y remédier: il a fallu qu'on n'ait presque plus d'argent dans les caisses pour que l'on commence à prendre conscience du problème... Finalement, alors que je n'étais a priori pas du tout qualifié pour, je me suis mis à travailler sur l'aspect commercial, j'ai pris sur moi, et puis finalement, avec le temps, je gagne en confiance, j'y ai pris goût, et puis les premiers clients en entraînent d'autres,... C'est finalement juste au moment où on a été proches du zéro que l'on a commencé à gagner de l'argent.
De quel accompagnement avez-vous bénéficié dans votre parcours de créateur d'entreprise?
Plusieurs structures nous ont suivi dans le projet: Initiatives Clé, Défi jeune, C.L.A.P.,... en amont pour certaines dans la recherche de subventions, puis pour du suivi sur deux ans une fois la société créée. Aujourd'hui nous sommes toujours en relations avec Initiative Clé. Mais maintenant que nous sommes bien structurés, je préfère m'adresser directement à des chefs d'entreprises lorsque j'ai une question spécifique concernant la gestion de l'entreprise. Ils sont souvent plus à même d'y répondre de manière concrète en partageant leurs propres expériences et points de vue.
Où en êtes-vous à présent concernant le développement de votre entreprise?
On est en progression constante depuis la création de la société. Même en 2009, pourtant année de crise, on fait au minimum 15% de chiffre d'affaires supplémentaires. Cette année nous avons développé nos activités: à présent on organise pour des clients des évènements qui leurs sont dédiés, et nous préparons un nouveau Salon pour 2010. Nous prévoyons même d'employer deux personnes supplémentaires dans les mois à venir pour nous appuyer sur ces nouveaux projets.
Aujourd'hui, après 5 années d'expérience, pensez-vous avoir encore des choses à apprendre en matière de gestion d'entreprise? Envisageriez-vous de suivre une formation spécifique à la gestion d'entreprise?
Sans le moindre doute, j'en apprends encore tous les jours, dans tous les domaines. J'ai notamment encore beaucoup de progrès à faire en matière de délégation des tâches. Globalement, ce qu'il y a de plus dur à gérer c'est la question des relations humaines, et à ce propos on peut apprendre toute sa vie... En théorie cela me tenterait vraiment de suivre une formation, en management et gestion du temps notamment. Mais aujourd'hui c'est impossible, parce que l'on n'est pas suffisamment structurés. On est encore trop petits pour que je puisse prendre du temps pour suivre une formation.
Pour finir, auriez-vous un conseil à donner aux personnes qui sont, à leur tour, sur le point de créer leur propre entreprise?
Mon conseil, ça serait d'y croire, de ne pas se décourager, et de se faire entourer le plus possible par des gens compétents. Vous avez beaucoup plus de chances de réussir si dès le début votre projet a été bien cadré, si vous savez où vous allez financièrement. Et je conseillerais aussi, lorsque l'on fait un prévisionnel, avant de se lancer, d'envisager le pire pour avoir de quoi tenir si jamais la situation devait se présenter.
M. Vucher-Bondet, merci beaucoup d'avoir partagé avec nous votre vision de la création d'entreprise, nous vous souhaitons encore beaucoup de succès avec L4M dans les années à venir.